UXDE dot Net Wordpress Themes

« Feuilles choisies » de l’Automne Numérique…

dans Non classé / Réagissez à cet article!

…Entre la culture du numérique et la culture par le numérique

 Le 7 novembre 2013 les locaux de Microsoft France ont accueilli la manifestation L’Automne numérique, transmettre la culture à l’époque du numérique organisée par le Ministère de la Culture et dédiée à une analyse de l’impact des nouvelles technologie sur la création et l’expression artistique.

Ouverte par Alain Crozier, le Président de la filiale française de Microsoft qui nous a révélé une vérité stupéfiante (le siège de Microsoft ferait partie des lieux visitables lors des Journées du Patrimoine… eh oui, comme l’Assemblée Nationale ou l’Elysée… à vous d’y réfléchir !), un bref discours d’ouverture a été tenu, en l’absence de Madame la Ministre FIlippetti par Monsieur Jean-François Collin, le Secrétaire Général du Ministère de la rue Vallois.

Ce dernier a rapidement captivé l’attention de toute la salle en illustrant les points essentiels de l’attitude du Ministère à l’égard du numérique. Sans hésiter à relier cette notion à celle de service public, il a évoqué ses potentiels en termes de transmission de la connaissance, de conservation des œuvres, de récréation virtuelle du patrimoine disparu et de création.

Cette évolution n’étant pas moins une révolution, l’action du Ministère sera consacrée à l’accompagnement et à l’encouragement des acteurs du secteur ; pour ce faire, cinq objectifs ont été fixés.

Un premier concerne le développement et la visibilité, considérée encore comme étant trop faible, des ressources numériques culturelles : si les établissement publics s’en servent depuis longtemps, le moment serait venu d’entrer dans une phase dans laquelle l’interconnexion de ces données devient l’enjeu principal, afin de créer un espace de contribution et d’innovation dont les destinataires seraient notamment les jeunes et les enfants.

Deuxièmement, le développement la licence libre.

Bien qu’objet de la plus grande méfiance de la part des ayants droit, elle ne sera pour autant pas exclue du processus d’adaptation de la création aux nouvelles pratiques en vigueur. Au contraire, d’après les propos de Monsieur Collin, le mécanisme des Creative Commons aura vocation à être mis en avant afin de créer un cadre sûr et compréhensible.

En troisième lieu, a été abordée le thème du domaine public numérique, et par ricochet celle de l’accessibilité des contenus culturels par le plus grand nombre. L’accent a été posé sur la complexité juridique de cette question qui, décortiquée lors de la discussion du budget du Ministère de la Culture et de la Communication, sera analysée par les commissions parlementaires compétentes.

Le quatrième point illustré a été celui de l’Open Data, culturel en l’espèce, présenté comme étant un « levier puissant de rénovation » des politiques publiques en général puisque constitutif d’un axe trans-ministériel.

L’objectif principal étant la revitalisation des données au profit des usagers, de multiples projets ont vu le jour en ce domaine.

La mission générale Etalab, le guide Data Culture, en passant par le rajout de 150 jets de données sur le site data.gouv.fr n’en sont que des exemples.

Last but not least, le caractère prioritaire du Web 3.0 a été évoqué par Monsieur Collin qui s’est réjoui  de l’avance prise dans le Ministère en ce domaine réputé essentiel.

Néanmoins, dans cet élan prospectif il y a eu de la place pour un certain réalisme ayant conduit le porte-parole de Madame la Ministre à rappeler que  la révolution numérique ne pourra être menée à bien qu’à condition de concilier la protection du droit d’auteur, le respect d’une rémunération équitable des artistes et bien sûr, l’exigence de démocratisation de la Culture.

Mais la gravité de cette affirmation n’a pesé sur la salle que pour peu d’instants, l’intervention du journaliste Francis Pisani ayant contribué à créer une atmosphère ludique et légère grâce à la présentation de son projet Winch5. Le tour du monde de l’innovation, qui lui a permis de découvrir, lors d’un véritable tour du monde, les projets les plus variés réunissant nouvelles technologies et créativité que les curieux pourront retrouver sur son blog.

Dans son introduction Monsieur Pisani expose son intéressante interprétation de l’essor des NTICs, qui trouverait son fondement d’une part, dans la diffusion d’un fort scepticisme envers les institutions propre à l’époque postmoderniste, et de l’autre dans l’élargissement de l’accès à la culture ayant permis à un plus grand nombre de personnes d’acquérir de la confiance dans leur potentiel intellectuel.

De manière plus précise, il a évoqué l’absence de hiérarchie caractérisant l’organisation en réseau de notre société, favorisée par le modèle de ce qu’il appelle le « WeWideWeb », laquelle permet le développement de la création participative et d’une communication horizontale, à l’origine de la « culture de la contribution ».

En nous rappelant que le monde virtuel ne représente pas un univers distinct du monde réel, mais plutôt une entité qui lui est interconnectée, Francis Pisani a attiré l’attention vers deux approches, tout aussi franco-françaises que regrettables, en matière de numérique.

La première, qu’il nomme « syndrome Maginot », consisterait dans la volonté de se protéger sans cesse de ces flux qui sont à la base des mécanismes digitaux, au lieu de les accepter et de s’en servir pour produire ; l’autre, fondée sur le déni du changement qui serait en revanche nécessaire pour s’adapter à ces nouvelles dynamiques.

Les yeux collés au projecteur pour voir défiler les images recueillies aux quatre coins du monde par ce journaliste, la salle ne les a pas plus détournés lorsque la parole a été passée à Michael Barras, alias Systaime, artiste polyvalent qui nous illustre à l’appui de ses œuvres, échantillons de ce qu’on appelle Net-Art, l’impact que la technologie a eu sur sa carrière et, plus généralement, sur le travail d’artiste.

Une très grande innovation se place, d’après lui, au niveau du changement des techniques de lancement et indirectement d’exposition : d’un modèle fondé sur les galeries, on passe à un système dans lequel Facebook et Twitter constituent des « vernissages permanents ».

L’évocation de son vécu personnel, imbibé du contexte général des années 2000, permet aux spectateurs d’extraire des informations très intéressantes quant aux innovations qui contribuent à rendre le panorama artistique contemporain encore plus fascinant ; mash-up, artistes spammeurs, et un tas d’autres termes techniques nous mettent l’envie d’approfondir la recherche pour en savoir plus sur ce fondateur du SPAMM (SuPer Art Moderne Museum) ayant exposé à la Biennale de Venise.

Heureusement, il n’a pas de mal à se dévoiler et à nous confier sa pensée et ses ambitions : persuadé qu’il faudrait « faire sortir le web du web », il constate que le public est encore trop sensible au support physique de l’œuvre, tout en soulignant que la diffusion gratuite et dématérialisée des œuvres ne doit pas représenter une excuse pour ne pas rémunérer correctement les artistes.

D’ailleurs, c’est sur ces points que de multiples questions se posent : comment monétiser et exposer ces formes d’art censées ne pas être élitistes, mais accessibles à tous, il se demande.

Ceci dit, il paraît nous apporter la réponse très vite… du moins en ce qui concerne la rémunération, le marché du Net Art étant déjà en train de concentrer quelques milliards d’euros !

En opérant un rapprochement entre le Net Art et le Street Art, Michael Barras s’interroge sur les sorts de ces courants dans un futur moins proche : comment les conserver ? Quelles solutions dégager pour combattre l’obsolescence ou la fragilité des supports ?

Il est vrai que ces sont des questions incontournables, mais il y en a d’autres, qui n’ont pas été posées, et qui le seraient tout autant : comment se fait-il qu’un artiste comme Systaime, très sensibilisé à la démocratisation de l’Art, accepte d’exporter son projet SPAMM, après Caracas, dans un pays si peu sensible à la démocratie qui est la Chine ?

Nous n’avons malheureusement pas eu le temps de l’interroger sur ce point, la parole devant être rapidement prise par un autre artiste, Pierre Ginier, et après lui par les participants à une table ronde dédiée à l’ « éducation artistique et culturelle à l’ère du numérique ».

Parmi tous les invités à ce débat, la directrice générale du Centre Pompidou Madame Saal a soulevé des points très intéressants relatifs aux enjeux du numérique en matière de propriété intellectuelle.

Chargée de présenter le « Centre Pompidou virtuel » ouvert en octobre 2012 en vue de créer une grande base de données numérisées susceptibles de permettre au plus grand nombre d’accéder au patrimoine du musée, elle nous a parlé du site http://www.centrepompidou.fr qui compte aujourd’hui une moyenne de 500 000 visiteurs par mois.

L’ouverture de ce dernier représente l’aboutissement de deux entreprises d’envergure : d’un côté, un grand travail d’indexation des œuvres afin de les répertorier et de les mettre à disposition, en les numérisant, d’un public à qui est donnée la possibilité de construire son propre parcours sélectif, de l’autre, la régularisation des question contractuelles.

Cette dernière visant à créer un cadre juridique stable et protecteur au profit des ayant droit des créations reproduites sur la plateforme, elle a été menée bien plus aisément en ce qui concerne les œuvres contemporaines pour lesquelles une modification des contrats a été suffisante, alors que pour les œuvres plus anciennes cela a demandé davantage de dévouement.

Aussi, la directrice du Centre revient sur  les efforts déployés afin que l’internaute se sente le véritable protagoniste de l’échange : en plus de la qualité et de la quantité des contenus mise à la disposition du public, a été soignée l’interactivité. L’e-visiteur étant plus libre, il est invité à proposer ses idées et ses conseils : en s’inscrivant dans un mouvement de redressement de l’usager au centre de l’action publique, cette initiative devrait mettre une fin aux offres uniquement « descendante » conçue comme étant des échecs.

La frontière entre création et consommation des œuvres paraissant donc avoir vocation à s’estomper, l’organisation d’une autre table ronde dédiée au mashup (vidéos crées en rassemblant des images, des sons et des paroles issus d’autres œuvres en vue de donner lieu à une création indépendante) et aux nouvelles pratiques artistiques liées au numérique n’a pu que servir de terrain à l’élaboration d’arguments confortant cette thèse.

Le journaliste de France Culture Xavier de la Porte en étant le modérateur, elle a réuni Jean-Yves de Lepinay (directeur du Mashup Film Festival au Forum des Images) et l’artiste membre du collectif Fracture Numérique Marina Wainer, pour un débat autour des possibles qualifications des nouvelles techniques artistiques basées sur l’emploi des TICs.

A la surprise générale, le dialogue s’est placé sur le terrain du Droit !

En effet, deux questions ont été posées par Xavier de la Porte : peut-on vraiment parler de « nouvelles techniques » ? L’usage qui en est fait est-il vraiment fondé sur un critère artistique ? Et pour y répondre, l’étape à franchir était avant tout la qualification juridique des catégories d’appartenance de ces œuvres composées à partir de ces, dites nouvelles, techniques.

A propos de leur caractère innovant, Monsieur de Lepinay a tenté de remettre en perspective ces nouveaux usages, en nous rappelant, Monsieur Pisani l’ayant déjà mis en lumière, que la littérature hypertextuelle est née avec Marelle de Julio Cortàzar.

De plus, il assimile le mashup à la technique littéraire des Santons, très employée entre le Moyen Âge et le XVIIème siècle, et encore suivie par le groupe OuLiPo, consistant dans la composition d’un poème en partant de l’assemblage de plusieurs passages de diverses poésies.

Peut-être de façon encore plus provocatrice, l’analogie entre formes de création nouvelle et héritage historique a été poussée jusqu’à la citation des Essais de Montaigne en tant qu’œuvre précurseur, mais aussi un témoignage, de cette pratique culturelle contemporaine dans laquelle la création pure laisse la place à l’appropriation et à la communication (mots déjà utilisés par Montaigne pour parles de ses Essais), en créant une interaction avec les destinataires.

D’ailleurs, ce phénomène d’appropriation, qui dans Montaigne s’exprimait à travers son rapport à sa bibliothèque et aux textes qu’il réemployait dans ses écrits en guise de citations (au sens non juridique), est la principale source de préoccupation des industries culturelles et des titulaires des droits d’auteur.

Le directeur du Mashup Film Festival pousse sa réflexion à la frontière de la philosophie du droit de la propriété intellectuelle, en ébranlant de peu les sains principes de l’art. 111-3 CPI, lorsqu’il argue de ce qu’aujourd’hui en littérature on assiste à la naissance d’une nouvelle propriété sur l’œuvre (ne se traduisant, bien sûr, que sur le plan intellectuel) au profit du lecteur, qui viendrait côtoyer celle de l’auteur et de l’éditeur.

Mais à quoi bon discuter des enjeux juridiques de ces nouvelles formes de création s’il n’est pas encore acquis qu’il s’agisse de pratiques artistiques susceptibles de faire l’objet d’un droit d’auteur ? Eh oui, Xavier de la Porte a soulevé, par ses questions, des interrogations peut-être plus renversantes que les réflexions de son interlocuteur à propos de Montaigne.

Soudain, toute la construction juridique établie autour des mashups et des nouvelles techniques artistiques a été remise en cause, avec le soutien, du moins indirect, de Monsieur de Lepinay, qui rappelle que les créateurs de ce secteur n’ont pas toujours l’intention de donner naissance à une œuvre artistique, souvent plus préoccupés par la force dénonciatrice et militante de leur œuvre.

De ce fait, beaucoup d’entre eux seraient déjà sortis de cette logique de droit d’auteur, et cela ne préoccupe guère Jea-Yves  de Lepinay lequel nous rappelle que le partage a toujours été la base en matière culturelle, grâce au prêt et aux bibliothèques, le mécanisme de protection par le droit n’étant intervenu que beaucoup plus tard.

(Pour en savoir, et en voir, plus sur le mashup, rendez-vous sur : http://www.mashupfilmfestival.fr. Vous y trouverez également une petite rubrique dédiée aux questions de droit).

 La table ronde clôturée, nous abandonnons la philosophie et nous nous retrouvons, quelques interventions plus tard, à traiter avec Monsieur Fabien Gandon (chercheur à l’INRIA) de Web sémantique et Web des données.

Avec entrain, il nous livre en quelques minutes les clé de compréhension du Web 3.0, en partant d’un constat aussi simple que révolutionnaire : de l’URL à l’URI, on passerait à un système dans lequel l’identification par un site des éléments qu’y sont contenus ne suffit plus, pour entrer dans une ère dans laquelle tout ce qui existe dans la réalité sera identifiée sur internet.

Afin de permettre cette intrusion massive du monde physique dans l’univers virtuel, trois étapes sont nécessaires : la nomination de chaque objet par une adresse web, la description de cet objet même sur le site web de destination, l’insertion dans ce dernier de liens renvoyant à des contenus connexes. Pour faciliter cela, une sorte de dictionnaire des données devrait permettre de comprendre le sens qui est donné à chacune d’entre elles.

En donnant des exemples de mise en œuvre de cet internet des objets (nomination des œuvres, identification des artistes,  création de parcours pédagogiques…) Monsieur Gandon, a reconnu que cette fonctionnalité permettra de créer des liens entre toute chose présente sur Terre.

Pour cette raison, l’accessibilité à un nombre croissant de données par des applications permettra non seulement d’élargir le champ des recherches conduites, mais aussi d’obtenir des réponses à des questions précises élaborées par le biais desdites applications, qui permettront de retrouver les ressources les plus pertinentes aptes à satisfaire la curiosité exprimée.

Malheureusement, cette « avancée » serait susceptible de ne pas en être véritablement une, et de se transformer très vite en contrainte : « sur le web, ou invisible » est la phrase sur la quelle Monsieur Gandon nous laisse réfléchir en nous quittant. Très clairement, la diffusion du web sémantique aura pour conséquence la mise à l’écart des circuits d’informations des données n’ayant pas été mises à disposition sur le web, qui seront reléguées à un rôle secondaire, les usagers étant désormais habitués à leur concentration sur le Net.

Sur cette note amère a pris fin, du moins en ce qui nous concerne compte tenu du manque de temps à y consacrer, notre participation à l’Automne Numérique.

En regrettant notre absence lors de la table ronde dédiée à l’open data culturel, nous pouvons tout de même à regarder cette vidéo très éclaircissante en la matière : http://www.dailymotion.com/video/xyqrun_tutoriel-de-l-open-data-culture_news.

Egalement, armés du programme détaillé de cette journée de partage autour de la création et du numérique, vous pourrez retrouver tous les détails relatifs aux sujets et aux initiatives présentés grâce à une petite « ballade » sur internet : http://www.rslnmag.fr/post/2013/10/30/171;Transmettre-la-culture-a-lere-du-numerique187;-Programme-du-7-novembre.aspx.

Enjoy !

Article rédigé par Margherita Giubelli Bortolami, étudiante du Master 2 Droit du multimédia et de l’informatique à l’Université Paris II Panthéon-Assas.

Laissez une réponse

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>