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Bitcoin : “l’or numérique”, ses crypto-mineurs et leurs corons virtuels

dans Commerce électronique, Informatique / Réagissez à cet article!

        La Commission Électoral Fédérale (FEC), institution chargée de faire respecter la loi sur le financement des élections fédérales aux États-Unis, a, dans une réponse adressée au comité de campagne Conservative Action Fund datée du 8 novembre 2013, autorisé le financement des campagnes électorales par des dons en bitcoins.

        Cette nouvelle pénétration du bitcoin dans la « vie réelle » (par opposition à la « vie en ligne ») – que les fondateurs du site The Pirate Bay appelle la vie « AFK » (Away From Keyboard) – a permis d’en dévoiler un peu plus sur cette monnaie dont la création et l’utilisation sont sujettes à fantasmes.

        Ce papier n’a pas la prétention d’étudier en profondeur les mécanismes financiers et les procédés techniques derrière Bitcoin, parce que la plupart des techniques utilisées sont d’un niveau de technicité économique et informatique peu abordable et ne pourraient pas faire l’objet d’une vulgarisation efficace. L’intérêt de cette étude réside dans l’analyse de la réalité de cette monnaie virtuelle au vu des dernières actualités qui ont ébranlé ce système. Nous vous conseillons d’aller consulter le site officiel du Bitcoin (http://bitcoin.org/fr/) qui vous renseignera de manière quasi exhaustive et très pédagogique.

Qu’est que Bitcoin ?

BTC

        Derrière ce mot-tiroir se cache un protocole informatique (comme le sont les protocoles FTP – pour le transfert de fichiers, HTTP – pour la consultation de pages web dynamiques ou encore POP3 – pour les courriers électroniques) permettant les transferts d’une devise virtuelle du même nom. Bitcoin, c’est donc une devise monétaire et un moyen de paiement avec celle-ci. Selon le wiki du site officiel du Bitcoin, ce dernier « est une monnaie électronique décentralisée qui permet à n’importe qui, n’importe où dans le monde, de payer sur le net de manière instantanée ». La technologie permettant la transmission de cette monnaie repose sur un modèle de réseau informatique ayant très mauvaise presse, le Peer-to-peer. Sans autorité de régulation centrale, Bitcoin a été codé en C++ par Satoshi Nakamoto sous licence libre MIT en janvier 2009. Le principe de base de Bitcoin repose sur l’idée selon laquelle, la monnaie n’est en réalité qu’un moyen de paiement de biens ou de services. À ce titre, sa forme propre importe peu et seul le résultat qu’elle produit en fait une valeur. Le Bitcoin est considéré comme une crypto-devise (“crypto-currency”) puisqu’elle utilise la cryptographie.

Qu’est-ce que la cryptographie ?

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La machine Enigma

La cryptographie permet de protéger des échanges d’informations aux moyens de clés. Lorsqu’un message est dit « crypté » (on préférera “chiffré”), seule la possession de la clé de chiffrement – c’est-à-dire un mot, une phrase, une donnée codée sous une forme binaire – permet de déchiffrer le message et de le rendre intelligible pour le récepteur (l’exemple historique de cryptographie est bien sûr la machine allemande Enigma qui a permis aux nazis de chiffrer et déchiffrer des informations sensibles durant la Second Guerre mondiale).

Pourquoi la cryptographie ?

D’abord, chiffrer les transferts de bitcoins permet de protéger le système sans avoir recours à un émetteur central qui serait le garant de l’intégrité de la monnaie (comme le sont les États pour leurs devises nationales).

Ensuite, si Bitcoin fonctionne, c’est grâce à l’intermédiaire de confiance que représente la cryptographie. Dans un système normal de diffusion de devise, la rareté et l’authenticité de celle-ci permettent les échanges en toute confiance. Sur Internet, par le biais de l’anonymat, l’usurpation d’identité ou le faux monnayage auraient pu fortement affecter, voire décrédibiliser Bitcoin. La cryptographie, en ce qu’elle permet d’identifier de façon certaine l’utilisateur et si les bitcoins qu’il utilise sont réellement en circulation, a permis de pallier cette absence de confiance résidant dans l’absence d’autorité de régulation.

En pratique, lorsque une pièce, bitcoin, est utilisée, la transaction est notée dans un journal virtuel rassemblant toutes les transactions effectuées en Bitcoin depuis 2009. Ce journal est appelé “chaîne de blocs”. Cette inscription au journal permet de « détruire » automatiquement la pièce pour éviter qu’elle soit réutilisable. Chaque pièce est donc chiffrée au moyen d’une clé privée. Lors d’une transaction avec un autre membre du réseau (un particulier ou un professionnel) une clé publique est créée, permettant de reconnaître la signature de la pièce utilisée et ainsi d’éviter qu’elle soit utilisée deux fois.

Quelles sont les particularités de cette monnaie ?

Puisque indépendante de tout contrôle d’une autorité étatique ou d’une banque centrale, Bitcoin n’est l’incarnation d’aucune entité souveraine. Sans le contrôle de cette dernière, sa valeur est dite « flottante » c’est-à-dire qu’elle s’ajuste par l’usage économique qui en est fait. La régulation de sa diffusion quant à elle est entièrement déterminée par un code informatique.

Ensuite, Bitcoin, en tant que moyen de paiement décentralisé, ne requiert aucune autorisation d’un établissement central (tel une banque), le paiement est donc instantané et se fait directement d’une personne à l’autre. A cet égard, l’utilisateur doit installer un logiciel sur son poste, appelé « Bitcoin miner » ou serveur de minage. Ce logiciel va « produire » du bitcoin de manière régulière, sans dépasser un certain plafond. Cependant, pour produire, le programme doit effectuer un grand nombre de tâches : cela permettant d’éviter une surproduction de bitcoins, susceptible de dévaloriser la monnaie. Ce caractère décentralisé présente aussi l’avantage théorique d’éviter les diverses fluctuations d’un marché de devises liées, notamment, aux décisions politiques.

Comment posséder des bitcoins en pratique ?

Dans un premier temps il faut télécharger un porte-monnaie virtuel. Ce dernier permet d’échanger des bitcoins entre particuliers ou de payer des biens et services sur l’un des nombreux sites qui acceptent ce protocole (des pizzas sur Pizza.fr, des tablettes numériques, les services d’un coiffeur etc.).

Pour obtenir des bitcoins, il suffit de convertir des euros en « jetons » Bitcoin, ou en fraction de bitcoins. Le 21 novembre, un bitcoin valait 493 euros. Cependant, l’acquisition de bitcoins est un processus long nécessitant des compétences techniques et des autorisations bancaires.

Quels sont les risques liés aux bitcoins ?

 Des accointances avec le « Dark Web »…

Le « Dark Web », sous branche du « Deep Web », ou web profond est un l’une des principales places d’échange de bitcoins. «  Silk-Road, the anonymous market », le célèbre site de commerce en ligne de drogues, d’armes à feu et de tueurs à gage (pas de lien cette fois-ci bien-sûr, mais vous pouvez gratuitement télécharger TOR, le logiciel permettant d’accéder au Deep Web (c’est complètement légal) à cette adresse: https://www.torproject.org/: profanes s’abstenir) est un marché majeur pour Bitcoin (1.2 milliards de dollars en deux ans et demi). L’utilisation massive des bitcoins sur Silk Road a contribué à ternir son image et a trop souvent créé une association entre Bitcoin et marché noir. Or, cette crypto-monnaie reste un système parfaitement légal et reconnu par plusieurs pays comme l’Allemagne : reconnaissance qui lui a permis de taxer les transactions libellées en Bitcoin. À titre d’exemple,  0,5% de la population posséderait des bitcoins en Suède, en Finlande et au Pays-Bas.

…En passant par une fluctuation qui peut paraître déraisonnable

Bitcoin est censé être une devise stable en constante déflation. Cependant, les évènements extérieurs, qui parasitent les cours des devises nationales, ont aussi un impact sur cette monnaie virtuelle. La fermeture, puis la réouverture de Silk Road en 2013, ou le « hold-up » du porte-monnaie virtuel Inputs.io le 26 octobre dernier (4100 bitcoins emportés soit l’équivalent de 1,18 million de dollars), sont autant d’évènements ayant influé sur son cours. Alors que le 19 novembre 2013, un bitcoin valait 785 dollars (650 euros) après l’intervention du patron de la Fed, Ben Bernanke qui a qualifié le Bitcoin de « bonne alternative à l’actuel transfert d’argent dans le monde entier », le 20 novembre, le bitcoin faisait une chute vertigineuse et ne valait « plus » que 340 euros. En analysant les cours du bitcoins, on observe des chutes incessantes du cours depuis juin 2011, souvent suivie de hausses vertigineuses. Cette fluctuation est source d’instabilité et conduit Marc Tirel à considérer Bitcoin comme « une monnaie spéculative ». Il ajoute que « le bitcoin est une monnaie complexe et aussi très inégalitaire ».

Les risques inhérents au système

L’attaque informatique du portefeuille numérique Inputs.io en est le parfait  exemple. Bien qu’il se présentait comme « le coffre-fort le plus sécurisé pour bitcoin », et malgré les mesures de chiffrement (20 au total), le service a dû fermer ses portes et ses utilisateurs ne seront pas remboursés. Les failles de sécurité du système Bitcoin semblent nombreuses et permettent, légitimement, de s’interroger sur la pérennité du système des monnaies virtuelles. Une étude des chercheurs Ittay Eyal et Emin Gün Sirer de l’Université de Cornell soulignait les risques d’une faille sérieuse affectant le réseau Bitcoin. Le processus de « mining » étant particulièrement remis en cause. De plus, le chiffrement n’a jamais représenté une protection parfaite : Enigma n’a-t-elle pas été contournée ?

Conclusion

Toutes ces limites encouragent les sceptiques et marginalisent les « pro-Bitcoin ». Marc Tirel se classe définitivement dans la première catégorie lorsqu’il affirme que « à court terme tout peut s’effondrer pour peu que des rumeurs bien placées se répandent ». La crypto-monnaie, qui se présentait comme une alternative sérieuse au modèle classique de la devise nationale, semble de plus en plus souffrir des mêmes maux.

 Si la France ne s’est toujours pas officiellement dotée d’une législation adaptée, les États-Unis semblent se préoccuper très sérieusement des impacts que ces monnaies virtuelles pourraient avoir sur la fiscalité. À ce titre, deux commissions sénatoriales vont étudier les monnaies virtuelles, et plus particulièrement le Bitcoin, et tenteront de déterminer en quoi ces crypto-monnaies gênent la perception de taxes et d’impôts, ainsi que leur rôle dans l’économie parallèle. Il est en effet difficile d’ignorer les 12 millions de bitcoins actuellement en circulation dans le monde représentant 6 milliards d’euros.

Le silence de la France vient sûrement de la faible pénétration du système dans l’hexagone qui ne compterait que 60.000 à 70.000 adeptes.

Ainsi, le Bitcoin prend les traits d’un pari sur l’avenir. Monnaie pérenne ou simple lubie de « flambeurs » et autres trafiquants ? À l’échelle mondiale, les crypto-monnaies séduisent de plus en plus de consommateurs à l’heure où la méfiance envers l’économie et la finance internationale est à son paroxysme.

Et vous, êtes-vous prêt à franchir le pas ?

Hugues PLESSIS

Pour aller plus loin :

http://bitcoin.org/fr/: une courte VIDÉO, bien réalisée et très pédagogique. Le reste du site est assez technique mais propose un Wiki très instructif pour les anglophones. Si vous voulez vous lancer dans le minage de bitcoins, il faudra passer par ce site.

http://www.philippeherlin.com/revolution_bitcoin.htm : Un des (trop) rares livres à traiter du sujet.

http://www.atlantico.fr/decryptage/bitcoin-linden-dollars-et-cie-quoi-servent-monnaies-virtuelles-marc-tirel-698392.html : Une courte interview qui vaut son pesant de bitcoins !

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