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To Trust or Not To Be ? telle est la Nouvelle question…

Etre digne de confiance serait-il devenu le nouvel impératif pour exister sur Internet ?     

C’est ce que semblent nous dire les nouveaux acteurs du réseau des réseaux.

Les activités de communication et de commerce transitent de plus en plus par des plateformes où la réputation est la nouvelle monnaie d’échange, nous incitant à construire une identité digne de confiance.

La réputation, un nouveau bien immatériel ?

Aujourd’hui nous nous notons sur eBay, nous nous likons sur Facebook. Nos interactions en ligne font désormais partie de l’économie de l’attention. Demain la plupart de vos activités auront sans doute fait l’objet de commentaires, de notations ou d’autres formes de jugements de valeur.

Ces interactions posent les questions de l’identité de nos interlocuteurs, ainsi que de la confiance que l’on peut leur accorder. Or pour utiliser Internet nous avons besoin de confiance ! D’ailleurs une loi essentielle en France n’est autre que la LCEN (Loi pour la Confiance en l’économie numérique). Titre qui cherche à rassurer les internautes ? Méthode Coué ? Peut être. En tout cas, cela pose l’importante question de l’encadrement juridique nécessaire pour promouvoir la confiance sur les réseaux.

Comme l’intitule Rachel Bostman dans son dernier TED talk  «The Currency of the new economy is trust » (cf lien). La Trust, au sens de l’attribution de la confiance à un interlocuteur plutôt qu’à un autre, est devenue centrale. A l’image de Task Rabbit, ces plateformes deviendront sans doute des nouvelles places de marché, où l’offre et la demande se rencontreront  grâce à l’élaboration d’efficaces systèmes de réputation et de recommandation. En se basant notamment sur de potentiels indicateurs évaluant nos relations interpersonnelles online, nos jugements, nos connaissances, nos comportements, et en déterminer la valeur de notre réputation pour effectuer certaines tâches.

Cela pourrait également concerner la future organisation du marché du travail. Comme en témoigne ce rapport sur l’économie collaborative (Version complète du rapport ici), une partie de ce marché sera sans doute moins organisé autour des entreprises, et des institutions, mais davantage selon une logique de peer-to-peer, via des plateformes où la réunion, et la collaboration d’individus qualifiés permettront de réaliser certaines tâches particulières. Nous assisterions alors à l’avènement d’un nouveau type de réseaux : le Service Networking.

Les problèmes liés à la réputation

Premier problème dès lors, comment s’assurer de la création d’un système de réputation cross-platforme ? Par exemple un utilisateur de eBay qui voudrait pouvoir utiliser son score sur Amazon. Cette question renvoie également à la problématique de portabilité des données.

Second problème, comment s’assurer que la réputation est bien objective et contextuelle ? En effet une personne rencontrée via TaskRabbit pour assembler convenablement notre meuble Ikea n’est pas forcement la personne que l’on jugera digne de confiance pour la location de notre appartement via Airbnb. Il faudra donc bien s’assurer qu’un tel système prône une réputation « contextuelle » et différenciante.

Troisièmement, comment réussir à lier la confiance online et offline. Quid donc des individus utilisant peu Internet, ou de ceux qui sont peu notés. Enfin pour les personnes qui ont été une fois mal notées, comment inverser la tendance et progresser ?

Aussi faut-il remarquer que si To Tust = To Be, nous devons bien distinguer ce qui relève de la réputation et de l’influence. Effectivement un site comme Klout « The Standard Influence » n’a pas la même fonction qu’un site permettant de savoir à qui on peut faire confiance, et dans quel contexte. Par ailleurs, l’émergence de plateformes dites de réputation comme TrustCloud sont pour l’instant davantage des plateformes mesurant l’influence que la réputation. Pour preuve les indicateurs qu’ils utilisent sont aujourd’hui la boite de messagerie, et autres réseaux sociaux, qui authentifient, identifient, ou mesurent l’influence mais pas forcement la réputation.

D’autre part, nous assistons à une tendance demandant l’authentification de nos identités en ligne.

Pour être sur internet, identifiez vous !

Facebook, Google, et autres cherchent à minimiser l’emploi de faux comptes, ou d’identifiants anonymes. (Cf par exemple Google obtient un brevet sur la gestion de l’anonymat). Au cœur de ce débat se joue la possibilité de vérifier l’identité de ses interlocuteurs. Mais également la possibilité de ne pas être toujours soi même sur Internet, tout comme la liberté de s’exprimer sous différentes formes. Nous comprenons donc que l’enjeu est de taille. En effet plusieurs questions surgissent : Peut-on encore se cacher sur internet ? L’anonymat nous rend-il encore véritablement anonyme ? Si notre identité est constituée par l’ensemble des données que nous laissons sur la toile, comment s’assurer la maîtrise de ces données ? Comment gérer plusieurs identités ?

Si « to Trust » pourrait bien être devenu la nouvelle condition pour Etre sur Internet, dès lors comment exister tout en préservant un espace pour son intimité ?Tel est le défi auquel se confronte aujourd’hui notre société.

L’importance du transcendantalisme et de la transparence dans la construction de l’Internet

Il semblerait que nous vouons aujourd’hui un véritable culte de la transparence.

D’un côté Internet exige de la transparence. Nous devons être transparents à propos de qui nous sommes si nous voulons pouvoir échanger ou faire commerce.D’un autre côté, nous voulons parfois être laissé seul, avoir un droit à notre intimité. Par exemple, en utilisant le mode Incognito ou navigation privée pour effectuer des recherches, ou acheter certains biens. Ou encore en utilisant un pseudonyme pour prendre la parole politiquement. Il y aurait donc un paradoxe entre le devoir de transparence qui permettrait l’existence de la confiance entre chacun, et le fait de ne pas vouloir être toujours identifié.

Au lieu d’appliquer de manière indifférente l’exigence de transparence à toute situation, nous devrions plutôt réfléchir à l’emploi d’une transparence intelligente, que l’on pourrait qualifier de « transparence lucide ». Non pas un impératif idéologique, mais plutôt un juste milieu.

A ce titre, il est important et surtout très intéressant de comprendre l’importance qu’a eu le « transcendantalisme » mouvement littéraire, spirituel et philosophique dans la construction de l’Internet. (A cet égard voir la Revue Esprit n°769 : État et internet : des voisinages instables, Magali Bessone).

En effet le transcendantalisme d’Emerson et Thoreau a fortement influencé toute la contre-culture des années 60 (en particulier la Beat Generation et les hippies, très présents dans le milieu universitaire). Culture qui, parallèlement à la source militaire, est à l’origine même de l’Internet. La contre-culture c’était le refus du mainstream, des contraintes asservissantes.

Emerson s’élevait contre l’opacité du pouvoir, et valorisait au contraire la transparence de soi. Sa fameuse phrase  « je deviens Œil transparent ; je ne suis rien ; je vois tout ; les courants de l’Etre Universel circulent à travers moi » s’apparent à la même promesse faite par l’Internet. A savoir celle d’accéder à une conscience universelle où chaque internaute est défini en termes de connaissances, de réputation, de relations d’amitié et professionnelles, et se fond dans un moi global, définit par l’immédiateté de son caractère autotransparant.

L’« Over Soul » d’Emerson n’est autre qu’une volonté d’un contact immédiat des êtres dans un réseau global. Tout comme Internet le réseau des réseaux, caractérisé par l’ubiquité, se veut la société mondiale de l’information et de la communication. L’emploi du « i » majuscule n’est d’ailleurs pas neutre.  Telle une entité que l’on cherche à déifier, la majuscule lui confère un statut particulier.

Pour une transparence « lucide »

On retrouve cette influence dans les formes les plus actuelles du développement de l’Internet. Marc Zuckerberg , fondateur de Facebook, déclare vouloir rendre le monde plus ouvert en aidant les gens à se connecter et à partager. Ce qui renvoie directement au problème de la confiance.

To Be or not to be ? Telle était la question. Désormais cette question a évolué : To Trust or not to be, diront certains. To Share or not to be, avanceront d’autres. Dans tous ces cas, pour être sur Internet, nous risquons notre identité. Nous risquons notre rapport aux autres. Dès lors comment permettre cette confiance sans retomber dans les possibilités d’occultation, ni croire en l’utopie d’une transparence totale.

Telles sont les questions que nous devons nous poser pour ne pas sombrer dans une tragédie shakespearienne.

 article rédigé par Adrien BASDEVANT

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A cet égard, nous vous invitions donc à venir échanger sur ces points jeudi 6 Décembre 2012 au 12 place du Panthéon pour une conférence intitulé

To Trust or Not to Be : L’Internet peut il exister sans confiance ?

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